Sam Cornwell : Cinq raisons pourquoi je photographie encore avec des pellicules argentiques

L’année 2015 marquera le quarantième anniversaire de l’invention du premier appareil photo numérique. En effet c’est en 1975 qu’un ingénieur chez Kodak a conçu le premier « appareil photo électronique ». Ce prototype pesait 3,6 kg et son capteur d’image CCD produisait uniquement des photos en N&B.

Sam Cornwell, un photographe basé en Angleterre, nous explique pourquoi selon lui, les films argentiques étaient et sont encore supérieurs aux appareils numériques.

1. La photographie argentique est déjà parfaite

Ceux qui ont connu les films de l’ère argentique, savent que ces derniers offraient des images d’une grande netteté. Le Kodakchrome par exemple qui fut inventé en 1915, produisait une image incroyablement nette et des couleurs riches et saturées. Depuis que les apn existent, nous avons vu une lente évolution de la qualité d’image. Toutefois à leurs débuts ces appareils produisaient des photos médiocres, d’une résolution extrêmement basse avec des couleurs désaturées.

Les films de l’ère argentique étaient rendus à un niveau de perfection qu’aucun appareil photo numérique vendu pour moins de 500 $ / 390 euros ne peut égaler. Pour avoir des photos égalent en qualité aux films argentiques il faut débourser environ 2000 $ / 1800 euros; ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses.

2. Les images sont permanentes

Le numérique, bien qu’il facilite la prise de photos, est souvent la cause de la perte de précieux souvenirs. Des disques durs qui cessent de fonctionner, des cartes SD endommagés ou bas de gamme qui refusent de vous donner accès à vos fichiers, des fichiers corrompus, tout cela cause des pertes irrémédiables. Le film argentique offrait des négatifs qui permettaient de reproduire à l’infini une photo sans aucune perte de qualité. Si ils étaient bien entreposés, vous pouviez les garder pendant des décennies. C’est d’ailleurs mon cas, je possède des milliers de négatifs et je sais que dans un siècle ils seront toujours là.

Qu’adviendra-t-il des raw dans 50 ans ? Seront-ils encore utilisables ? Le support sur lequel ils sont enregistrés se conservera-t-il des décennies ou si après 20 ou 30 ans il deviendra si dégradé que les fichiers raw seront perdus à jamais ?

3. Vous n’avez pas besoin d’électricité

Mon appareil photo argentique fonctionne sans pile. Je n’ai pas à me préoccuper de cet aspect quand je pars en expédition photographique. Je n’ai pas à transporter avec moi 3 ou 4 batteries. Tout est mécanique; il n’y a que mon posemètre qui a besoin d’une pile. Si par un malheureux hasard elle cesse de fonctionner, je peux quand même utiliser mon appareil, contrairement aux apn qui sont dépendants à 100% de la batterie.

4. Les appareils argentique sont moins dispendieux

Je me souvent de mon premier appareil photo, je l’avais payé 400 $ / 290 euros, pour ce prix j’avais droit à un film « plein format ». Combien coûte un apn avec un capteur plein format ? Entre 1500 $ / 1300 euros et 2500 $ / 2300 euros. Le plein format n’était pas réservé à une élite mais accessible à tous à cette époque, contrairement aux apn actuels. Selon moi c’est un net recul pour ceux qui désirent avoir une image plus qualitative. Probablement que les capteurs FF deviendront abordables dans le futur, mais en ce moment ce n’est pas le cas.

5. Les imperfections

Ce qui est assez contradictoire c’est que ceux qui critiquent les appareils photo d’autrefois, soulignent le fait que les apn produisent des images plus propres en haut ISO, que la qualité des photos numériques est supérieure aux films de l’ère argentique. Pourtant je suis toujours étonné de voir le nombre de presets et de filtres disponibles qui permettent de rajouter des imperfections ! Instagram est un exemple, mais vous avez aussi tous les autres presets de simulation de films dont le but est de donner un aspect plus argentique aux photos prises avec des appareils numériques !

Certains de ces filtres ajoutent des fuites de lumière, des flares, une désaturation, un effet Lomo, Orion ou Holga. Les gens prennent leurs photos numériques « parfaites » pour ajouter des imperfections ! Assez contradictoire selon moi.

Conclusion

Je pourrais encore énumérer plusieurs avantages des films argentiques, par exemple le fait que ces films obligeaient les photographes à prendre leur temps, à bien composer leurs images. Maintenant ils mitraillent une scène en espérant avoir une ou deux bonnes photos parmi les centaines qu’ils ont prises. Il y avait aussi le bonheur de découvrir ses photos une fois qu’elles avaient été développées par le labo et c’est sans parler du plaisir de les développer soi-même, de manipuler les divers produits chimiques. Nous pouvions toucher la matière, la façonner à notre guise. C’était du réel et non du virtuel.

Au sujet de l’auteur

Sam Cornwell est un photographe basé en Angleterre. Ce texte est une adaptation d’un article publié sur son blog.

Un commentaire

  1. Je suis (en partie) d’accord mais là ou le numérique bat l’argentique à plate couture c’est au niveau du prix ! Quand on n’a un budget limité dans un ménage lambda, il est hors de question de faire plusieurs centaines de photos par mois. Alors ok l’APN est plus cher à l’achat mais il est très rapidement amorti au bout de quelques centaines de photos. Et pas besoin de réserver une pièce pour le développement ou de squatter la salle de bain.