2015 : Les géants japonais de la photo ont dû s’adapter

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130 millions d’appareils photo vendus dans le monde en 2011, 47 millions en 2015: les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les fabricants japonais, qui dominent le marché, sont sonnés, mais n’ont pas dit leur dernier mot. Leur stratégie: monter en gamme ou… changer de métier.

De Nikon à Sony, tous, sans exception, ont été ébranlés. Que faire face à la concurrence de téléphones intelligents de plus en plus sophistiqués?

Première piste: «proposer des appareils avec lesquels les téléphones ne peuvent rivaliser», explique Richard Berger, porte-parole de Canon. Plus que sur les modèles compacts, la différence technologique se fait surtout sur les boîtiers à objectifs interchangeables. Les jeunes générations, qui dégainent leur mobile à la moindre occasion et partagent à l’excès leurs clichés sur Facebook ou Instagram, prennent goût à ce passe-temps. «Ils veulent prendre de meilleures photos, être plus créatifs» et ont pour ce faire besoin de mieux s’équiper, estime M. Berger.

Sur ce terrain, les vénérables Nikon et Canon peuvent s’appuyer sur leur expertise de longue date. Heribert Tippenhauer, analyste de l’institut GfK nous dit :

C’est la bouée de survie de l’industrie de la photo; toujours préserver cette supériorité en termes de qualité d’image, ainsi qu’une modernisation de l’interface, afin de conférer aux appareils des fonctionnalités qui font l’atout des téléphones intelligents (accès aux réseaux sociaux, retouche…).

Le goût des «vraies photos»

Face aux vétérans de l’ère argentique, Sony et Panasonic, les deux électroniciens venus sur ce marché désormais numérique, ont su faire valoir leurs compétences et combler leurs lacunes. Le premier peut se targuer de la place de premier fabricant mondial de capteurs d’images Cmos, et s’est offert une crédibilité via un partenariat avec le spécialiste allemand d’optique Carl Zeiss et le rachat de technologies à Minolta. Le second s’est allié à un autre allemand au nom prestigieux, Leica.

Deuxième option: les activités annexes – Fujifilm met l’accent sur l’impression de photographies et propose livres, cadeaux et autres accessoires – ou les segments de niche. Exemple: les appareils instantanés qui ressuscitent la nostalgie des vieux Polaroïd. Avec sa gamme multicolore Instax, au look désuet et «kawaii» (mignon), Fujifilm fait un tabac.

C’est une série télé coréenne qui a relancé les ventes de l’Instax après un passage à vide. Dans les pas de l’héroïne de ce «drama», les jeunes l’ont adopté en Asie, une vague qui a récemment gagné les États-Unis, le Canada et l’Europe, se félicite auprès de l’AFP Go Miyazaki, vice-président de Fujifilm.

Résultat, de 490 000 unités en 2009-2010, les ventes ont bondi à 3,87 millions en 2014-2015, 5 millions en 2015-2016. Calvin Lau, un Hongkongais de 31 ans, qui vit à Tokyo nous dit :

Avec un appareil numérique, on imprime rarement ses photos. Là, on peut offrir à ses amis de vrais clichés, uniques, qui ne sont disponibles nulle part ailleurs dans le monde. Mais comme les pellicules ne sont pas bon marché, je ne sors mon Instax que lors d’occasions spéciales.

Cap sur la santé

La troisième voie, la plus osée, est d’abandonner en tout ou partie la photo et de convertir son savoir-faire. Minolta et Konica ont jeté l’éponge et uni leurs forces dans l’optique et la bureautique. D’autres ont choisi de se concentrer sur le secteur médical, «un domaine d’activité naturel pour ces compagnies», selon l’expert de GfK.

Olympus est ainsi actif dans la santé depuis les années 1950, une activité tirée par les endoscopes qui, dans ses ventes, ont aujourd’hui largement éclipsé les appareils photo.

La santé, c’est désormais aussi un pilier de croissance pour Fujifilm, qui a opéré une étonnante reconversion après le déclin de la demande de pellicules couleurs dans les années 2000. Fort de ses connaissances dans les domaines chimique et de l’image, le groupe nourrit, à coups de R&D et d’acquisitions, des ambitions sur l’ensemble de la chaîne: prévention (compléments alimentaires, cosmétiques), diagnostic (radiographie, mammographie…) et traitement.

On a vu apparaître son nom dans la lutte contre Ebola grâce à sa filiale Toyama Chemical qui a développé un médicament potentiellement efficace contre ce virus, le favipiravir (nom commercial Avigan).

Canon et Nikon cherchent de même à accélérer l’expansion de leurs activités médicales, même si eux peuvent encore compter sur la clientèle professionnelle de la photo pour résister au marasme.

source : AFP