10 conseils pour réussir vos photographies nocturnes

fairuz mustaffa

Toujours dans le cadre de notre exploration photographique à travers de multiples visions de photographes venant de partout sur la planète, voici un tuto de Jim Hamel qui nous explique comment réussir ses photos de nuit.

Je voudrais préciser que ce tuto n’est pas destiné à expliquer la façon de réaliser des poses longues dans le but de créer des effets vaporeux de l’eau d’un lac ou d’une rivière. La nuit n’est pas un moment idéal pour ce genre d’expérimentations photographiques. Nous allons plutôt expliquer les bases de la photographie de nuit selon un angle « contemplatif ».

La photographie de nuit peut être beaucoup plus exaltante que la photographie de jour, parce que tout semble différent. Les ponts, les attractions foraines, et les bâtiments sont habituellement illuminés la nuit. Tous ces éléments parés de leurs superbes lumières multicolores, deviennent des sujets envoûtants. En outre, vous pouvez prendre votre temps pour photographier la nuit, beaucoup plus que durant la journée. Il y a généralement moins de gens, et vous n’avez pas à vous soucier de la lumière qui change d’heure en heure.

1. Trouvez la bonne exposition

Le principal défi de photographier la nuit est l’exposition. Il peut être ardu de trouver la bonne combinaison afin d’obtenir au final l’image que nous avions imaginée. Il faut tenir compte de la valeur ISO, de l’ouverture et de la vitesse d’obturation.

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Tous ces différents paramètres auront un impact sur votre photo. Une valeur ISO trop élevée peut produire des images bruitées, une trop grande ouverture peut ruiner votre photo puisqu’elle réduira votre zone de netteté. Vous devrez donc faire une mise au point parfaite sur votre sujet. De plus, une vitesse trop lente pourrait produire un floue de bougé. Pour toutes ces raisons, il est bon de connaître quelques trucs afin de ne pas revenir d’une expédition photographique nocturne avec des images médiocres.

2. Travaillez en mode manuel

Le premier conseil est de vous assurer que vous photographiez en mode manuel. De cette façon, vous pourrez régler la vitesse d’obturation, l’ouverture et la sensibilité ISO. Cela vous donnera le contrôle complet de votre appareil photo.

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Vous devrez bien sûr placer votre appareil sur un trépied. En outre, il pourrait y avoir un peu d’essais et erreurs avec les réglages d’exposition au début, car il n’y a pas de véritable recette. Chacune de vos photos exigera de votre part, de mettre en pratique vos compétences en photographie. Un débutant n’arrivera que rarement à produire de bonnes prises. Il faut avoir déjà une bonne compréhension de l’interaction entre les divers paramètres de votre appareil. Le mode manuel vous donnera ce contrôle.

3. Assurez-vous que vous êtes à l’aise avec le mode Bulb

Le mode manuel ne fonctionne que pour des expositions jusqu’à 30 secondes. Si vous avez besoin d’une vitesse d’obturation de plus de 30 secondes, la seule option pour obtenir une exposition correcte est le mode Bulb. Dans ce mode l’obturateur reste ouvert aussi longtemps que vous maintenez le déclencheur enfoncé. Afin de vous assurer qu’il n’y aura aucun mouvement lors de l’exposition, un déclencheur à distance devient impératif. Si votre déclencheur à distance n’est pas doté d’une minuterie intégrée, ayez avec vous un autre temporisateur (votre téléphone intelligent et une application compatible avec votre appareil photo peuvent remplacer votre déclencheur). Si votre télécommande ne dispose pas d’une minuterie, assurez-vous qu’il a une fonction de verrouillage, pour ne pas avoir à appuyer sur le bouton durant de longues minutes.

4. Photographiez en Raw

Lors de la prise de photos de nuit, il est particulièrement important de vous assurer que vous photographiez au format RAW. Cela vous offrira une plus grande latitude lors du post-traitement.

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Le Raw est encore plus important pour les photos prises la nuit, car la gamme de couleurs disponibles en basse lumière est extrêmement limitée. Le fichier possède une grande richesse en informations et tolère une surexposition d’environ 1 à 1.5 EV, tout en préservant davantage de détails dans les basses lumières. La nuit, vos images seront presque toujours constituées de zones sombres. Un fichier JPEG, avec sa gamme de couleurs réduites, vous sera problématique. Le RAW vous permettra d’avoir des noirs profonds sans artefacts ou bandes horizontales.

5. Apportez une lampe de poche

Bien connaître l’emplacement des commandes de votre appareil est essentiel. Vous pourrez ainsi modifier les paramètres de votre appareil sans voir exactement où vous appuyez. Néanmoins, une petite lampe de poche est extrêmement utile. Gardez-en une à portée de main pour vous assurer que vous pourrez voir si votre appareil est solidement placé sur votre trépied, et que ce dernier est bien droit. Si vous avez un niveau à bulle électronique dans votre boîtier, utilisez-le, ou utilisez le niveau sur votre trépied.

6. Choisissez les réglages appropriés

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Les paramètres appropriés dépendront toujours de la situation. Néanmoins, il existe des règles de base qui forment un ensemble conséquent sur lequel vous pouvez vous fier en attendant d’avoir une plus grande expérience en photo de nuit :

  • L’ouverture : ouvrez davantage pour vos photos de nuit que celles de jour. Le ciel sera noir de toute façon, vous n’aurez donc pas besoin d’une grande profondeur de champ, à moins de photographier des sujets relativement près de vous. Les grandes ouvertures ont également l’avantage de laisser passer plus de lumière vers le capteur.
  • Les ISO: gardez les valeurs ISO aussi bas que possible. La photographie de nuit produira inévitablement des zones sombres dans vos images, et ces zones produisent du bruit numérique. Utiliser des valeurs ISO élevées ne fera qu’aggraver le problème.
  • La vitesse d’obturation: considérant que la vitesse d’obturation pourrait être le premier paramètre important en photo de jour , il devrait être le dernier en photo de nuit. Puisque vous allez placer votre appareil sur un trépied, vous pouvez laisser l’obturateur ouvert aussi longtemps que vous le désirez. Si dans votre composition il y a de l’eau, une vitesse d’obturation lente ajoutera du charme à vos photos. Les vents violents, ou autres instabilités qui pourraient ruiner votre photo, sont les seules exceptions qui vous obligeront à réduire le temps d’exposition.
  • Un autre paramètre à vérifier est la fonctionnalité “réduction du bruit en pose longue”, que vous trouverez dans le menu de votre appareil photo. Si vous activez cette option, votre boîtier prendra deux expositions, l’une normale et l’autre avec l’obturateur fermé. L’appareil fera une comparaison entre les deux afin de filtrer le bruit. Cette fonction ne se retrouve pas dans tous les appareils. Je sais que ceux de Nikon en sont dotés. Le seul aspect négatif est que le temps d’exposition totale sera plus long puisque deux expositions sont faites lors du déclenchement.

7. Savoir choisir la bonne exposition

Déterminer le niveau d’exposition approprié peut être difficile la nuit. Chaque mode de mesure présente ses propres défis. Si vous utilisez la mesure évaluative, l’appareil est susceptible d’être confondu. Si vous utilisez la mesure spot ou partielle, le compteur va sauter en fonction du sujet sur lequel vous pointerez votre appareil.

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Une réponse à ce problème est d’utiliser la mesure spot et d’exposer pour les hautes lumières en paramétrant votre correcteur d’exposition entre +1 et +2. Vous obtiendrez ainsi des noirs qui, selon la scène, garderont des détails. Les objets lumineux quant à eux seront mis en évidence et les couleurs de vos images seront plus éclatantes. Ne vous fiez surtout pas à la mesure évaluative, vous obtiendrez au final des images ternes, sous-exposées, et très peu attractives. Vous ne pourrez pas facilement récupérer ces photos en post-traitement. Les zones sombres seront bruitées et offriront peu de détails. D’où l’intérêt ici d’exposer un peu à droite, sans écrêtage bien sûr.

8. Testez vos photos avec les hauts ISO

Vous devriez faire un usage « créatif » des valeurs ISO lors de prises de photos la nuit. Voici un truc que peu de gens connaissent. Si vous ne voulez pas attendre une minute, voire plus, avant de pouvoir décider si une photo sera bonne, la meilleure façon de réussir cela est d’utiliser des valeurs ISO élevées.

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Par exemple, disons que vous pensez que les paramètres d’expositions appropriés pour une photo sont : 30 secondes à f/5.6 et 400 ISO. Plutôt que d’attendre 30 secondes, vous pouvez utiliser les hauts ISO afin de modifier la vitesse d’obturation. Vous obtiendrez ainsi ce que j’appelle une « photo-test », laquelle vous permettra de voir si vos choix d’exposition sont corrects.

Pourquoi ce truc peut vous être utile ? Parce que si vous débutez en photo de nuit, vous devrez inévitablement faire des tests afin de comprendre comment interagit la lumière avec les zones sombres de votre composition. De plus, vous aurez à peaufiner votre composition plus souvent que vous ne le croyez car la nuit les repères ne sont pas les mêmes. Nos yeux ne perçoivent pas les distances de la même façon et ce qui peut donner l’impression d’être près de nous, peut être en réalité éloigné.

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Vous devez également penser aux passants et aux voitures. Tous ces éléments dans votre image sont imprévisibles. Faire une photo-test, vous permet de voir ce que sera votre photo finale rapidement. Une fois que vous satisfait de la composition, des éléments potentiellement perturbateurs et de l’effet de la lumière sur les immeubles et monuments, vous pouvez réduire la valeur ISO et prendre votre photo. Ce truc est rarement abordé par les photographes.

Évidemment que ces « photos-tests » seront bruitées, mais le but n’est pas d’obtenir la photo parfaite, cette technique permet tout simplement d’entrevoir le résultat final, mais sans avoir à attendre de longues minutes entre chaque prise.

9. Le HDR

En photographie de nuit, plusieurs photographes sont tentés par le HDR. En effet, l’imagerie à grande gamme dynamique, permet d’obtenir des images offrant plus de détails dans les ombres. C’est une question de choix et de préférences artistiques. Pour ma part, je n’aime pas ce rendu qui supprime l’aspect mystérieux et quasi onirique de la photo de nuit. Le HDR annule l’atmosphère unique qui se dégage de ce moment de la journée.

10. Vérifiez l’exposition avec l’histogramme

L’histogramme vous montrera si votre photo doit être corrigée. Rappelez-vous qu’il est normal d’avoir une distribution des intensités vers la gauche. Vos photos sont prises la nuit après tout ! Voici un exemple d’un histogramme d’une photo de nuit :

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Vous aurez inévitablement des noirs bouchés, surtout si dans votre composition le ciel est très présent. Tentez d’avoir un ciel nocturne sans que l’histogramme n’affiche une distribution des intensités vers la gauche est impossible. Dans la photo ci-dessus, une exposition longue a permis d’obtenir un ciel où les étoiles et la voie lactée rééquilibrent un peu notre histogramme.

En résumé, si vous avez un bon appareil, voici les meilleurs réglages :

  • La balance des blancs : faites des tests afin de trouver le meilleur réglage. Le mode « tungstène » est souvent celui qui produira les meilleurs résultats. Toutefois, si vous shootez en RAW, vous pourrez facilement corriger les couleurs et les blancs en post-traitement, surtout si vous avez eu la bonne idée d’utiliser la charte de gris LASTOLITE Ezybalance de 30cm de diamètre.
  • L’ouverture : pour réduire les valeurs ISO et indirectement le bruit, optez pour f/2 ou f/1.8 si vous avez la chance de posséder un objectif aussi lumineux. Si vous avez un bon appareil photo qui ne bruite pas trop, f/8 et f/11 vous donneront un plus grande profondeur de champ selon le sujet que vous aurez à photographier.
  • Les valeurs ISO : optez pour des valeurs comprises entre 50 et 200 ISO. Vous obtiendrez ainsi des noirs sans bruit numérique.
  • La vitesse d’obturation : ici c’est la somme des autres paramètres qui déterminera cette vitesse. Un conseil, ne dépassez pas 3 à 5 minutes. Très peu de capteurs produisent de bonnes images lorsque le temps d’exposition est trop long. Les capteurs plein format offrent une plus grande liberté que les APS-C ou les 1 pouce.

Toutefois, rappelez-vous que dans cet article, je ne parle pas de poses longues afin de produire des « effets créatifs ». Le but est de reproduire l’ambiance qui se dégage d’une scène photographiée la nuit. Cette aura de mystère est selon moi beaucoup plus susceptible d’être fidèlement reproduite sans l’ajout d’effets HDR ou de traînées lumineuses.

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Nous voulons montrer ici la ville endormie, laisser transparaître le sentiment de solitude et de calme d’une lac abandonné, montrer la beauté de monuments illuminés. Les traînés de lumières et autres effets lumineux, nous montrerons au contraire des scènes nocturnes encore bousculées par la frénésie d’une vie qui semble n’avoir jamais droit à un repos. C’est ma perception de la véritable photo de nuit. Maintenant c’est à vous de l’adapter selon vos préférences. Évidemment, si vous photographiez une rue, vous aurez inévitablement des trainées lumineuses. Toutefois je préfère ne pas mettre l’emphase sur cette caractéristiques des photos de nuit, et favoriser une lecture plus contemplative de ce moment.

Au sujet de l’auteur

Jim Hamel est un photographe professionnel qui fait un peu de tout, mais qui a une préférence pour la photographie de nuit. Vous pouvez voir son travail en visitant son site internet.

crédit photo d’ouverture : fairuz mustaffa

2 commentaires

  1. Je rajouterais:

    – Pour un réflexe le mode « relevage du mirroir » pour les vitesses semi-lentes entre 1/15eme et 3 secondes.

    -Contre les vibrations extérieurs, dans l’ordre : Ne utiliser la colone centrale de son trépied si l’on a le choix, avec un crochet sous sont trépied pour accrocher son sac pour plus de stabilité, un parapluie pliable pour servir de paravent.

    Et il manque un autre point un peu différent: la prévention »sécurité » si on vous braque le matos ce qui peut être plus probable la nuit, vos photos peaufinées en vous les gelant dehors pendant de longues secondes vous ne les verrez pas et en plus vous n’en ferez plus !!!

    Dans l’ordre de coût:

    – Ne faire que des photos de son balcon ou de sa voiture (la parano c’est gratuit )
    – Avoir de bonne jambes et vous interdire les tongs et autre claquettes pour les chaudes nuit d’été ( gratuit, et un peu risqué si vous perdez.)
    – Avoir confiance en vos poings ( gratuit et doublement risqué si vous perdez)
    – Une bombe lacrymo ( 15 euros et risqué aussi )
    – La balise GPS planquée dans votre sac photo. Une bonne balise 200 euros minimum + abonnements pour le tracking en direct.( coût relatif et risque très faible. Vous pouvez aller retrouver votre matos avec la police ou avec vos copain -au choix-. Un GPS n’est pas fiable à 100% notamment quand il se trouve dans un sous sol ou dans un bâtiment il perdra son signal, ne perdez surtout pas de temps).
    – L’assurance. Tout simplement mais très chère comptez entre 500-1000 euros par an pour 10 à 20 000 euros de matos.

  2. Le trépied est effectivement bien utile dans le cas de photos de nuit où, par définition, les temps de pose seront assez longs.
    Quant au RAW, un autre avantage de ce format est qu’il permet de facilement ajuster la balance des blancs, ce qui se révèle utile dans le cas de photos de villes la nuit.

    Stéphane