Une analyse de la Joconde peut-elle nous aider à réaliser de meilleurs portraits ?

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Le photographe Australien Darren Rowse a procédé à une analyse de la Joconde afin de découvrir les techniques utilisées par Léonard de Vinci pour réaliser son chef-d’oeuvre. Selon lui, celles-ci pourraient être appliquées en photographie pour produire de meilleurs portraits. L’exercice peut sembler périlleux. Voici ce qu’il a découvert.

Quand je suis allé au Louvre à Paris il y a quelques années, j’ai été stupéfié par la foule rassemblée autour de cette petite image. J’ai dû pousser et pousser pour me rapprocher et prendre une photo. L’engouement pour cette œuvre n’est pas sans raison, la Joconde a été au centre de beaucoup de débats et de spéculations au cours des années. Mais pourquoi cette image intrigue-t-elle encore aujourd’hui. Et que pouvons-nous apprendre en tant que photographes des techniques utilisées il y a plus de 500 ans par Léonard de Vinci ?

La composition

mona-pyramidBien que nous regardons aujourd’hui la composition de la Joconde, et que celle-ci nous semble assez classique et simple, il faut savoir qu’à l’époque, elle était en rupture avec les règles établies et influença les tendances en peinture durant les siècles qui ont suivi.

Un des éléments-clés de cette composition est l’utilisation de ce que nous nous appelons en photographie une composition pyramidale, qui montre le sujet avec une base plus large, alors que les bras et les mains forment également un triangle qui permet d’attirer l’oeil jusqu’au visage et ultimement vers ce célèbre sourire énigmatique.

La leçon que nous pouvons retenir est que cette même composition en triangle peut être utilisée en photographie. Bien que je n’affirme pas que c’est là la seule bonne façon de poser, la composition pyramidale devrait être testée au moins une fois par tous les portraitistes.

 

La pose

À notre époque nous regardons la pose de cette femme et celle-ci nous semble assez normale. Toutefois, en 1503, elle était tout à fait révolutionnaire. En effet, la plupart des portraits réalisés à cette époque présentaient des sujets rigides, de plus les personnages étaient souvent peints de profil et ne fixaient pas le spectateur.

Ici nous voyons tout le contraire; la pose est détendue, les mains croisées, le regard serein. Leonardo allait à l’encontre des normes en choisissant un cadrage de trois quarts, plutôt qu’une pleine longueur. Cette composition remplie entièrement le cadre, s’adaptant parfaitement à une image qui se veut intimiste et laissant peu de place à la distraction. Un autre aspect déjà évoqué est le regard. Celui-ci produit un sentiment d’intimité avec le spectateur. Il crée une connivence qui attire notre attention sur le sujet. Son regard apaisant nous invite à porter plus d’attention à l’ensemble.

La leçon que nous pouvons retenir est que vous obtiendrez au final une image plus naturelle, sans ces poses académiques que l’on voit trop souvent sur certaines photos réalisées par des photographes inexpérimentés. Savoir choisir la bonne pose en fonction du sujet est un art qui ne s’acquiert qu’avec l’expérience.

L’arrière-plan

mona-backgroundBeaucoup de choses ont été écrites sur le fond que l’on retrouve sur cette peinture. Si nous l’analysons bien, nous pouvons découvrir quelques détails intéressants. La première chose que nous notons est que celui-ci semble être de plus en plus flou à mesure que nous nous éloignions du sujet, tandis que les peintures de cette époque présentaient généralement à la fois le sujet et l’arrière-plan nets, avec beaucoup de détails.

C’était inhabituel à cette époque et de nombreux photographes portraitistes reproduisent ce que Léonard a créé il y a des siècles en choisissant une grande ouverture afin d”obtenir un arrière-plan flou. Ce qui permet au spectateur de se concentrer sur le sujet. Il y a de nombreuses façons d’utiliser un arrière-plan. Par exemple, il permet de situer le sujet dans un contexte bien précis, ou au contraire, avec peu de repères visuels, donner de l’importance au sujet afin que celui-ci détache bien de l’ensemble.

La leçon que nous pouvons retenir est que vous devez porter une grande attention à cet élément de votre composition. Celui-ci peut transformer totalement une image.

 

La lumière

Une des choses qui me plaît le plus dans la Joconde est la façon dont la lumière tombe sur le sujet. Leonardo utilise la lumière pour attirer le regard du spectateur sur les parties de l’image qu’il souhaite mettre en évidence, notamment le visage et les mains. Il a équilibré adroitement sa composition afin qu’elle harmonise ces deux éléments clés de cette peinture, tant au niveau des couleurs que des formes, qui sont toutes en rondeurs et sur lesquelles la lumière semble « glisser » avec douceur.

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Leonardo utilise également les ombres pour ajouter de la profondeur et de la dimension à différentes parties de l’image; en particulier la région autour du cou et dans les ondulations sur la robe sur les bras.

La leçon à retenir est que vous devez penser à la façon dont vous allez attirer le regard sur les éléments-clés de votre image, mais également comment vous allez utiliser les ombres pour créer une profondeur à vos photos.

Les vêtements

Encore une fois, Leonardo adopte une approche beaucoup plus sombre et plus discrète dans cette image que d’autres portraits de l’époque. En effet, les vêtements étaient très souvent brillants et constituaient une partie importante de la création de l’image afin de magnifier le sujet. Bien que la robe ait un peu de détail, tout cela est fait avec retenue. Remarquez également l’absence de bijoux ou tout autre type d’accessoires qui pourraient distraire le spectateur.

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La leçon à retenir est que Léonard a su adopter une approche discrète en peignant les vêtements; lesquels s’harmonisent avec le sujet et le contexte, sans distraire le spectateur. En photographie de portraits, vous devrez porter la même attention à cet élément.

L’encadrement

Une des choses intéressantes que nous pouvons remarquer sur la Joconde ce sont les côtés. Certains spécialistes croient que cette œuvre est en fait légèrement plus petite que l’originale. La théorie la plus largement acceptée est que deux colonnes se trouvaient de chaque côté de Mona Lisa. Elle est en fait assise sur un balcon donnant sur la vue arrière. Voici comment un artiste a reproduit la Joconde avec les colonnes de chaque côté.

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Nous ne saurons jamais si les colonnes sur la peinture originale ressemblaient exactement à celles de cette reproduction, mais il semble que Leonardo a utilisé une technique que nous appelons aujourd’hui en photographie tout simplement « le recadrage ». Cette technique permet d’éliminer les éléments perturbateurs tout en attirant l’œil du spectateur vers le sujet principal. Ce recadrage était-il une façon pour Léonard de produire une œuvre correspondant à la vision qu’il avait de cette cène, ou le résultat fortuit d’une manipulation qui suivit sa création ? Nous ne le saurons jamais.

La leçon à retenir est que vous devez apprendre à recadrer votre sujet quand cela s’avère nécessaire. Les logiciels de post-traitement permettent de faire cela très facilement. Vous pouvez également utiliser les différentes règles déjà très bien connues en photo, notamment la règle des tiers, pour renforcer votre image.

le mystère

Qui est cette femme ? Est-ce une représentation féminine de Léonard lui-même ? Quel est le contexte? Pourquoi sourit-elle ? Il y a tant de choses que le mystère peut sublimer. Cela laisse le spectateur dans l’expectative constante de découvrir ce qui se cache dans ce tableau, en laissant une grande place à l’interprétation et au questionnement. La Joconde a attiré des milliers de spectateurs pendant des siècles tout simplement parce que cette œuvre magistrale alimente notre imaginaire en laissant des parties de son histoire inédite et enveloppée de mystères.

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En tant que photographe, si vous voulez produire des images fortes, les différents éléments exposés dans cet article, devraient être une source d’inspiration pour vous. Léonard a su mettre en pratique des techniques révolutionnaires à son époque. C’est ce qui rend cette œuvre aussi attractive. C’est une source infinie d’inspiration pour les peintres, mais également les photographes. Se réapproprier les techniques des chef-d’œuvres de la Renaissance pourrait vous permettre de réaliser de meilleurs portraits.

Au sujet de l’auteur

Darren Rowse est un photographe qui vit à Melbourne en Australie.