La puissance de l’édition dans le processus narratif ou pourquoi faire une bonne photo ne suffit pas

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Prendre de bonnes photos est une chose, savoir raconter un récit avec ses photos en est une autre. Plusieurs photographes débutants commettent l’erreur de croire que le travail est terminé une fois que la photo a été prise. Cette méconnaissance du processus narratif conduit très souvent à obtenir des photos qui ne « disent » rien, et sont, au final, de simples reproductions d’un sujet ou d’une scène.

Le processus narratif pourrait faire croire que nous faisons une vidéo; dans un sens ce n’est pas totalement faux. Mais en photographie, pour qu’une photo « fonctionne » il faut parfois utiliser les mêmes méthodes qui sont appliquées pour un film. En racontant des histoires visuelles sur le monde, la photographie raconte le monde.

Bien sûr, le récit est bien plus vaste que la photographie. La communication sociale est l’une des caractéristiques déterminantes de l’être humain, et les histoires narratives ont longtemps été un mode commun et puissant pour la transmission de l’information. En tant que tel, nous pouvons apprendre beaucoup de l’anthropologie, de l’histoire et de la théorie littéraire. Voici quelques trucs pour que vous puissiez approfondir votre narration photographique via l’édition de vos photos.

Le processus narratif

Un processus narratif est récit d’événements liés. Réfléchir à la narration implique plus que de réfléchir sur la façon dont une série d’événements se connecte. Nous devons également réfléchir à la façon dont quelque chose est constitué comme un événement en premier lieu. Les événements ne sont pas des objets en attente d’être découverts. Comme Allen Feldman a déjà déclaré « l’événement n’est pas ce qui se passe. L’événement est celui qui peut être narré. »

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Par exemple, lorsque des gens ont fait irruption à la Bastille le 14 juillet 1789, ils ne se sont pas aperçus qu’ils participent au premier jour d’un événement déjà connu sous le nom de «Révolution française». L’idée de la Révolution française est le produit de récits historiques et politiques qui retracent des événements particuliers, les reliant de façon spécifique. En résumé nous pourrions affirmer que l’édition de vos photos a le pouvoir d’élever un récit en arts. C’est ce qui fait la différence entre une bonne photo et une photo « artistiquement touchante ».

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Les grands photographes ont cette qualité de savoir prendre de bonnes photos pour en faire un « récit photographique ». Voici un exemple; Dorothea Lange est une photographe qui a su mette en pratique ce processus narratif. Sa photo emblématique d’une mère avec ses enfants (Migrant Mother) nous montre tout ce dont le spectateur à de besoin pour comprendre ce que cette mère a dû vivre. Par conséquent, les récits ne sont pas seulement constitués de sujets, ils sont construits par des participants et des observateurs, des acteurs et des analystes, ou si vous préférez, par ceux qui regarderont une photo.

Le contexte

En photographie, le récit est également lié au contexte. Quelle que soit la complexité ou l’exhaustivité d’un récit, il sera toujours le produit de l’inclusion de certains éléments et de l’exclusion de d’autres. L’inclusion / l’exclusion fait partie de ce qu’est la construction d’un récit, mais savoir ce qui doit être inclus ou exclu, exige une compréhension du contexte. Et la compréhension du contexte exige que les photographes hautement compétents. Comme Stuart Freedman a déjà déclaré;  » nous avons besoin d’ un retour à une narration en photographie aussi rigoureuse qu’elle puisse être. »

Une structure « contextualisante »

Les récits peuvent être structurés de plusieurs manières, mais la forme classique est celle du récit linéaire – une histoire avec un début, un milieu et une fin, des personnages forts et une histoire duquel les éléments du récit en seront « extraits ». Les étapes clés de la structuration d’un récit en photographie sont les suivantes: l’emplacement, donner un « visage » à l’histoire, laisser les gens raconter leur propre histoire, contextualiser ces histoires, donner une forme dramatique ou « touchante ».

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Il est vital de souligner que ce ne sont pas des règles à suivre ou des modèles à appliquer automatiquement. Ce sont les éléments d’une structure narrative commune et traditionnelle. Toutefois, qu’ils soient linéaires ou non linéaires, qu’ils aient une résolution ou qu’ils soient ouverts, les récits peuvent contenir les dimensions suivantes: le temps, la spatialité, la dramaturgie, la causalité et la personnification.

La personnalisation

Une des dimensions les plus importantes du récit est celle de la personnification – doit-il y avoir un personnage qui donne à l’histoire un visage? Parfois cela s’avère nécessaire pour la construction narrative d’un récit, mais comme l’a déjà affirmé Robert Hariman; « parfois les choses parlent plus fort que les visages. »

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Pour quelqu’un développant une histoire visuelle, la chose la plus importante à se demander est «quelle est l’histoire que je veux vraiment transmettre? Répondre à cette question permet de construire son récit. La relation entre l’histoire, l’événement et la question nécessite une connaissance du contexte par-dessus tout. Cela exige que le photographe réfléchisse lors de l’édition de ses photos, parce que tout ce qui motive la photographie n’est pas nécessairement visuel.

Au sujet de l’auteur

David Campbell est un écrivain, professeur et producteur. Ses écrits explorent les changements dans la manière dont les images sont produites, distribuées et consommées. En janvier 2016, il est devenu manager pour la World Press Photo Foundation, basée à Amsterdam. Vous pouvez découvrir son travail en visitant son site internet, sa page Facebook ou Twitter.

2 commentaires

  1. Tout système d’écriture met en jeu des hommes: Celui qui écrit et ce qui est décrit. La photographie est une forme d’écriture, comme le dessin, la peinture, la sculpture, la musique, etc. C’est un moyen parmi d’autres, de communication entre les personnes humaines.L’image est forcément descriptive et suggestive. mais la suggestion exprimée par l’auteur n’est pas forcément ce qui est ressenti par le spectateur. C’est toute la difficulté de de l’art photographique, sans compter un autre élément souvent absent dans la photographie, qui est la beauté de ce qu’elle reproduit et qui est ressentie ou non par le spectateur.