Êtes-vous un photographe ou juste un opérateur de caméra ?

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Quand je vais à une exposition sur la photographie, je me retrouve avec des photos similaires faites à partir d’une imprimante à jet d’encre qui ne sont que des archives stylisées. Que ce soit une photo d’un oiseau, une robe, un sujet ou un événement; c’est juste une photo. Une photographie qui peut facilement être dupliquée en appuyant simplement sur un bouton. Une impression sur un morceau de papier, rien de plus, rien de moins. Alors, je vous le demande: où est le coup de pinceau de l’artiste? Où est l’empreinte unique du photographe, outre le fait d’avoir appuyé sur l’obturateur?

Une « interprétation physique »

Ce qui rend une peinture belle et unique, c’est que l’artiste l’a faite à la main. Les coups de pinceau ont été tous individuellement placés sur la toile, l’artiste a utilisé ses émotions pour s’inspirer. Une peinture est rarement une représentation de la réalité – plutôt, une « interprétation physique » de ce que l’artiste à vue. Quand on pense à la photographie, la plupart des photographes pensent au nombre de pixels. Ils regardent une photo et se disent: « j’aurais pu faire ça ». S’ils étaient là, à ce moment précis, ils n’auraient pas tort. Mais ce qui rend une photo unique, c’est la capacité à saisir « un moment ».

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La photographie est principalement utilisée comme support pour archiver des moments importants. Beaucoup de gens aiment la photographie pour ce seul aspect. Mais pour moi, ça fait de vous un opérateur de caméra, pas un artiste. Je n’essaie pas de dénigrer ce que fait le magazine National Geographic ou des publications comme TIME. Il y a un temps et un endroit pour tout. La photographie est un excellent moyen de présenter des histoires et des événements. Je me demande simplement ce qui rend une photo spéciale, ce qui rend une photo si extraordinaire qu’elle pourrait être exposée sur le mur d’une galerie ou dans un musée.

Repousser les limites de son art

J’ai du mal à personnaliser mon propre travail. J’ai un style, une vision, ma propre vision du monde. J’ai mon propre style et mes méthodes de post-traitement. Mais si un autre photographe venait regarder mes photos, je suis persuadé qu’il pourrait les imiter, ou même les reproduire, en quelques heures. Pablo Picasso a passé toute sa vie à perfectionner et expérimenter son art. Il en va de même pour Salvador Dalí, Andy Warhol ou Jackson Pollock. Mais à part leurs compétences techniques, ce qui rendait ces artistes de vrais créateurs, c’étaient leurs idées, les concepts qu’ils ont inventés pour repousser les limites de leur art.

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Lorsque tout le monde commence à penser de la même manière – il n’y a plus de controverse, pas de friction entre pairs. Sans frottement, nous devenons tous statiques et ennuyeux. Selon moi, un grand nombre de photographes ne mettent pas leurs propres coups de pinceau dans leur travail. Ils ne saisissent pas une idée, ou un moment, il prennent en photo une scène comme une machine pourrait le faire.

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La majorité d’entre nous sommes des opérateurs de caméra, obsédés par les paramètres et les techniques, au lieu de se concentrer sur les concepts et notre propre vision du monde. Alors je me demande: quel est le sens de notre travail? Où se termine celui de l’appareil photo et où notre créativité commence-t-elle?

Au sujet de l’auteur

Alexander Ben Korako Watson est un photographe néo-zélandais basé à Auckland. Il a débuté son apprentissage en photographie en chambre noire à 16 ans, ce qui l’amena à obtenir un baccalauréat en graphisme. Parallèlement à son travail en studio, il écrit des éditoriaux pour des publications comme Remix Magazine, Undone, Next Magazine et Sunday Magazine. Pour découvrir son travail, vous pouvez visiter son site internet ou le suivre sur Facebook et Instagram. Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’auteur.

crédit photo : Alexander Ben Korako Watson

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