Marcus DeSieno : Créer des images en utilisant des caméras de surveillance pour montrer un monde en proie à la paranoïa du danger

Nous savons tous qu’il existe sur le marché des logiciels permettant de modifier ses photos afin de créer des images plus « artistique ». Certains photographes vont même jusqu’à utiliser de vieilles optiques pour donner un « look » unique à leurs photos. Le photographe Marcus DeSieno a découvert une technique encore plus simple pour créer des photos sortant de l’ordinaire; il utilise des images venant de caméras de surveillance.

Dans sa série intitulée « Surveillance Landscapes », il nous montre qu’il n’est pas nécessaire de posséder un équipement coûteux pour réaliser des photos créatives. Pour arriver à produire ses photos, il a « hacké » des appareils de surveillance, notamment des webcams publiques CCTV (Closed-Circuit TeleVision). Ces caméras analogiques ont souvent une sortie BNC (Bayonet Neill–Concelman connector). Si l’enregistrement des images est nécessaire, ces caméras analogiques doivent être reliées à un enregistreur numérique (DVR).

Marcus DeSieno n’a pas été motivé par le désir de voyager et de prendre des photos de paysage dans le monde entier. Sa vision est un peu différente, de même que son approche.Dans notre culture électronique de plus en plus intrusive, comment délimiter les frontières entre le public et le privé? C’est cette question qui l’a conduit à créer ce projet. Il nous explique:

L’invention de la photographie au 19ème siècle a créé un changement de paradigme dans la perception humaine de notre univers. Je m’intéresse à la façon dont cette évolution de la technologie photographique a changé notre perception des paysages, des lieux et de la nature. Comment cette technologie nous a façonnés, comment elle a façonné la façon dont nous percevons les espaces qui nous entourent. Comment elle nous a confiné ou conformés. Ce sont des questions auxquels je devais trouver des réponses.

Nous sommes influencés par des forces culturelles, sociétales, politiques et idéologiques.J’étais un adolescent vivant dans l’État de New York le 11 septembre. Après cette journée fatidique, nous devions sacrifier nos vies privées, et ce, quel qu’en soit le prix. La notion de surveillance était si omniprésente qu’elle devenait invisible et ignorée. C’est l’espace dans laquelle j’ai grandi, avec cette croyance pesant sur un pays irrévocablement changé. J’ai d’abord commencé à penser sérieusement à la notion de surveillance après qu’Edward Snowden ait divulgué ses informations au PRISM — qui est un programme américain de surveillance électronique par la collecte de renseignements à partir d’Internet et d’autres fournisseurs de services électroniques. En voyant toutes ses caméras de surveillance, j’ai commencé à réfléchir sur la façon dont nos systèmes de surveillance fonctionnaient et moulaient nos espaces collectifs

Souvent, les préoccupations des gens à l’égard de la surveillance se fixent sur la vie privée, mais mon intérêt est beaucoup plus large que cela.Les caméras de surveillance sont une forme de domination sur nos vies. C’est un parfait exemple moderne de la référence métaphorique de Michel Foucault du «panopticon», où tous les détenus peuvent être surveillés par un seul gardien, car il y a la menace d’une surveillance invisible constante. Lorsque nous voyons une caméra de surveillance à l’extérieur d’un bâtiment, c’est un signe que quelqu’un regarde. qu’il y a une autorité qui nous surveille.


Photographier ces espaces avec ces technologies modernes, présupposait un contrôle ou une tentative de maîtriser les forces et les dangers d’une nature sauvage et indomptée. Cela est pour moi un rappel que l’humanité n’est pas toute-puissante, que nous sommes de simples pions dans un univers beaucoup plus vaste. Pourtant l’arrogance de l’ère technologique nous enseigne que nous sommes devenus maître de la nature et que nous la contrôlons. En fin de compte, les paysages dans ce travail sont une sorte de métaphore de cet état de surveillance.

Je dirais que j’ai « consulté » plus de 10 000 caméras. Lorsque vous faites face à ce réseau mondial de surveillance, la quantité d’images auxquelles vous avez accès est inimaginablement, ce qui est terrifiant pour tous les gens qui ne demandent qu’à vivre en paix. Je cherchais des images de paysages vacants, isolés et aliénants et dont les objectifs des caméras étaient recouverts de gouttes de pluie, de saleté, ou de la poussière. En trouvant ces images, je crois avoir réussi à démontrer que notre monde ne sera plus jamais le même. Notre aliénation collective envers tout ce qui peut présenter une forme de danger a modifié à jamais notre rapport avec la nature, et plus globalement, avec notre monde.

Voici quelque photos venant de son projet « Surveillance Landscapes« :

Pour suivre le travail de Marcus DeSieno, vous pouvez visiter son site internet.

crédit photo : Marcus DeSieno

4 commentaires

  1. « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »
    Benjamin Franklin

    A méditer longuement…