« Above and beyond » : La « multidisciplinarité » fera toute la différence

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Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe qui affecte notamment les photographes. Être un bon photographe, connaître les bases de cet art, comme la composition, la compréhension de lumière et tout ce que les amateurs doivent assimiler pour progresser, ne suffit plus. Malheureusement, plusieurs artistes de l’image croient qu’être un bon photographe est d’appliquer certaines règles afin d’obtenir une photo « parfaite », en y ajoutant parfois leur touche personnel.

Ils se trompent ! Cette définition était vraie avant, avant l’avènement du numérique, avant que les drones n’envahissent le marché et qu’ils deviennent des instruments adaptés à la photographie professionnelle. Si un photographe veut devenir une véritable artiste de l’image, il doit savoir que l’avenir de la photographie, passe par la « multidisciplinarité », qui consiste à aborder notre métier selon une juxtaposition de regards spécialisés ou plus simplement; garder l’esprit ouvert aux nouveautés. Voici pourquoi.

Les drones sont de simples outils

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J’aime bien donner l’exemple des drones, car pour plusieurs photographes « sérieux », ces appareils, ne sont que des « jouets » destinés à divertir les gens. Là aussi, ils font erreur. Lorsque ces appareils sont bien utilisés, ils deviennent un prolongement d’une démarche artistique, ou si vous préférez, un outil permettant de « compléter » une œuvre photographique. La photographie n’est plus ce qu’elle était. Elle a passé, à travers les âges, par plusieurs étapes, pour devenir ce que nous connaissons aujourd’hui. Imaginez un instant si au début du numérique, les professionnels de l’image avaient rejeter ces appareils !

Pourtant, au début, plusieurs photographes ont rejeté en bloc ces appareils, affirmant que seuls les films pouvaient produire de bonnes photos. Je me souviens, bien qu’à cette époque j’étais encore jeune, des analyses que je faisais en regardant les photos de grands-maîtres. La plupart utilisaient le Kodachrome, lequel permettait de reproduire, avec un étonnante précision, une scène. Pendant de nombreuses années, il a été utilisé pour la photographie en couleur professionnelle, en particulier pour les images destinées à être publié dans les médias imprimés.

le Kodachrome

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En raison de la croissance et de la popularité des matériaux photographiques alternatifs, de ses besoins de traitement complexes et de la transition généralisée vers la photographie numérique, le Kodachrome a perdu sa part de marché. Pourtant, il était le film couleurs le plus utilisé par les photographes du magazine National Geographic.

Lorsque vous regardez les photos de ce magazine depuis les années 1970, ils ont un aspect particulier, avec des couleurs riches et profondes et des détails nettes et précises. Les couleurs avaient une subtilité, brillantes et vives sans être exagérées. C’était un look instantanément reconnaissable issu du film Kodachrome. Mais ce que les photographes « happés » par le numérique ne savent pas, c’est que le Kodachrome a été développé par deux scientifiques travaillant dans le laboratoire de recherche Kodak au début du 20e siècle. C’est grâce au travail de ces deux scientifiques si la photographie est devenue aussi populaire. Une faisait quoi ? En innovant, en produisant ce qui n’existait pas à cette époque.

Ils ne se sont pas contentés de ce qui existait, ils ont créer quelque chose de nouveau. Nous sommes dans une période de transition où tous les fabricants d’appareils photo s’ingénient à produire de meilleures machines. Ils ne se contentent pas de ce qui existe déjà ; ils inventent !

Une approche multidisciplinaire

Un photographe doit faire la même chose ; créer ce qui n’existe pas, mais d’un point de vue artistique. Par exemple, dans cette vidéo, vous pouvez me voir utiliser un appareil photo moyen format Hasselblad, mais aussi piloter un drone. J’avais également un assistant qui pilotait notre drone lorsque j’étais occupé à faire autre chose. Mon approche multidisciplinaire, me permet d’être un meilleur photographe, parce que je sais comment utiliser certains outils qui sont le prolongement d’une démarche artistique. Ils ne remplacent pas mes compétences en photographes, ils les propulser à un autre niveau.

Tout comme le Kodachrome qui était devenu un film traditionnel au début des années 1970, la technologie nous offre des outils qui doivent devenir « traditionnels ». Un photographe qui résiste à évoluer selon son époque, sera un artiste de l’image qui sera vite oublié. J’ai compris cela en regardant des vidéos et des photos sur internet. Plusieurs photographes savent très bien manier des logiciels comme Photoshop, mais malgré leurs compétences, leur travail est ennuyant et a final, ressemble à celui des autres photographes.

La « vraie » photographie ?

La « vraie » photographie n’existe pas. C’est un concept ridicule et surtout réducteur, qui est un frein à votre créativité. Vous devez devenir un photographe qui utilisera tout ce qui lui permet de matérialiser ses idées / concepts. Vous pouvez vous prendre au sérieux et rejeter ce que j’affirme. C’est plus facile ainsi, car vous n’avez pas à vous poser de question, puisque selon vous tout à déjà été expliqué ou expérimenté. Mais si vous désirer progresser, vous devrez accepter le fait que la photographie n’a aucune limite. La seule limite est celle que vous vous imposez ! La multidisciplinarité devient un outil pour produire de meilleures photos. Ne la voyez pas comme une ennemie, car ce n’en est pas une. La véritable ennemie est de croire qu’il existe de la  » vrai » et de la « fausse » photographie.

Une liste des qualités

Peut importe dans quel camp vous vous trouvez, les nouvelles technologies ne s’arrêteront jamais. Ceux qui auront accepté d’adopter ces nouveaux outils, seront en avance par rapport aux autres. Vous avez le choix ; soit devenir un artiste de l’image multidisciplinaire, soit un artiste qui se limite à ce qui a toujours existé. Michel-Ange ou Alexandre Rodtchenko étaient des artistes multidisciplinaires et il y en a bien d’autres ! Par leur facilité de passer d’un domaine à un autre, ils pouvaient déstructurer le matériel qu’ils utilisaient, pour y voir des éléments que les gens ordinaires ne voient pas. Voici ce qu’un photographe devrait savoir faire / être:

  • Maîtriser les connaissances de bases de la photographie.
  • Maîtriser les logiciels de post-traitement.
  • Maîtriser l’éclairage, la connaître, la comprendre.
  • Dessiner (sur des tablettes graphiques comme les Wacom).
  • Maîtriser et connaître ses optiques.
  • Posséder des connaissances en science (par exemple, pour comprendre comment se comporte la lumière).
  • Posséder des connaissances culturelles (pour comprendre les coutumes d’un peuple).
  • Connaître et avoir étudié le travail des maîtres
  • Posséder des connaissances en architecture (la façon dont la lumière interagit avec les bâtiments).
  • Être diplômé des Beaux-Arts
  • Être curieux, avide de découvrir (pour progresser).
  • Piloter un drone (pour prendre des photos aériennes).
  • Être un vidéaste (pour présenter son travail, l’expliquer).
  • Maîtriser les logiciels de montage vidéo.
  • Posséder des connaissances psychologiques (pour comprendre un sujet).
  • Posséder des connaissances en sculpture (pour comprendre l’effet de la lumière sur les objets),
  • Savoir analyser pour prendre des décisions rapidement (le bon objectif, les bons paramètres, etc.).
  • Avoir une ouverture d’esprit (pour progresser).
  • Avoir le sens de l’humour (pour mettre en confiance son sujet ou son équipe).
  • Être éduqué (pour les relations interpersonnelles).
  • Être humble ( pour reconnaître / admettre ses limites).
  • Être un rassembleur (pour diriger une équipe).
  • Posséder des connaissances en affaires (pour savoir fixer un prix et établir un budget).
  • Et plusieurs autres qualités.

De nouveaux outils

Certains penseront : « C’est une tendance qui s’éteindra avec le temps », ou : « Je prends des photos, je ne suis pas un homme d’affaires ! ». Encore une fois, ils font erreur, non seulement cette tendance ne s’éteindra pas, elle continuera à progresser et posséder des connaissances dans plusieurs domaines permet d’être un meilleur photographe, car vous « savez », vous n’y allez pas à tâtons au hasard des rencontres. La multidisciplinarité sera l’unique moyen pour un photographe de se démarquer des autres.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que les images des photographes qui stagnent confortablement dans ce qui « connu » ne sont pas « bonnes », mais nous sommes en 2017, ce qui était vrai il y a 50 ou 60 ans ne les plus aujourd’hui. Les bases de la photographie ne changeront pas; les nouvelles technologies nous offrent tout simplement de nouveaux / meilleurs outils. Un peu comme le Kodachrome qui fut à son époque une évolution technologique de la photographe, en offrant un meilleur outil aux photographes. Ce serait ridicule de ne pas profiter de ces outils que nous offrent la technologie.

D’ailleurs, savez-vous pourquoi le Kodachrome est devenu moins populaire dans les années 1980 ? C’est parce que de nouveaux films avec de nouveaux traitements plus simples, comme le Velvia de Fujichrome, ont été créés, jusqu’à ce qu’il soit oublié avec l’avènement du numérique. Relisez bien ce passage dans mon article : « de nouveaux films ». C’est grâce à la nouveauté si la photographie a évolué. Un peu comme le Kodachrome, ne soyez pas un photographe qui sera oublié. Utilisez les nouvelles technologies, mais d’une façon intelligente.

Au sujet de l’auteur

Ming Thein est un photographe professionnel qui est consultant pour Zeiss et Hasselblad. Vous pouvez découvrir son travail en visitant sa page Facebook.

crédit photo : Andrew Wojtanik

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