Trucs et astuces pour de meilleures macrophotographies d’insectes

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La macrophotographie, plus communément appelée macro, est une discipline en plein essor depuis que le numérique est devenu accessible au grand public. En effet, la difficulté et le taux d’échecs à la prise de vue faisaient qu’auparavant (en argentique) peu d’amateurs avaient les moyens de s’y consacrer pleinement et peu de professionnels s’y spécialisaient. En numérique, les essais sont pour ainsi dire illimités !

Désormais pour quelques centaines d’euros on peut s’y mettre simplement et obtenir d’excellents résultats : restent les difficultés de terrain dans cette discipline, que constituent la stabilité du sujet et/ou du photographe (lorsque la profondeur de champs avoisine parfois le demi-millimètre) et l’apport de lumière complémentaire !

Nous pouvons prendre également en photo des insectes en utilisant les techniques de la macrophotographie. Elles sont les mêmes, il n’y a que le sujet qui change. En effet, tout peu devenir un sujet en macrophotographie, une simple tache de lumière sur un tissu, allant aux fleurs et aux insectes.  Ces sujets sont partout et la macro permet de découvrir leur univers. Voici quelques astuces connues ou moins connues, qui permettent d’augmenter parfois sensiblement son taux de réussite.

Le choix de l’instant

La première chose qui m’a frappé, lorsque j’ai débuté, était la vitesse à laquelle bougeaient mes sujets (papillons, libellules, etc…) ; s’il m’est arrivé (par chance, car ça reste toujours possible) d’immortaliser de bien beaux sujets aux heures chaudes de la journée, je me suis vite aperçu que le moment le plus opportun pour photographier les insectes était bien le matin, ou à défaut la toute fin de journée !

En effet, outre l’ambiance lumineuse qui est autrement plus appropriée à la photographie (la lumière en pleine journée est souvent très dure et peu esthétique), la température y est aussi généralement plus basse : les insectes sont d’autant plus actifs que la température est importante, et vice-versa ! Et si on a la chance d’avoir eu une nuit fraîche, la rosée achève d’immobiliser nos sujets, en y apportant son lot de perles et offrant ainsi au photographe nombre de scènes ô combien esthétiques et surnaturelles, que le néophyte ne voit jamais en journée bien entendu !

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En juin par exemple, il convient d’arriver sur le terrain autour de 6h00, pour bénéficier des meilleures lumières. Ne pas hésiter à venir même plus tôt si l’on veut jouer du contre-jour sur lever de soleil… Généralement la lumière est excellente jusqu’à 7h30, ensuite elle devient de plus en plus « dure » et blanche et il est alors temps de rentrer ! Bien entendu ces règles s’appliquent en plaine car en bord de mer ou en altitude, les conditions sont souvent plus avantageuses.

Prévoir l’imprévu

Qui dit photo tôt le matin, dit rosée dans les hautes herbes : prévoyez des bottes ou à défaut des chaussures de marche imperméables avec une paire de guêtres, où vous aurez très vite les pieds trempés ! Prévoir aussi des manches longues et si possible une tenue plus ou moins déperlante mais respirante, car il n’est pas rare de se coucher au sol, parfois dans des positions quelque peu saugrenues (mais j’y reviendrai !) ;-). Par ailleurs, l’utilisation de gants et de manches longues peut permettre de manipuler les plantes urticantes le cas échéant (orties…). Et en zone humide, point de salut sans lotion anti-moustique (je ne sais pas pourquoi, mais eux ne sont jamais gênés par la rosée !!!)

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Dernière chose, il est toujours utile d’apprendre à reconnaître les plantes sauvages, car nombreux sont les insectes qui possèdent des « plantes hôtes » où la probabilité de les trouver est beaucoup plus grande que sur les autres essences ! Ceci concerne notamment les papillons (à titre d’exemple, l’Aurore se trouve surtout sur les cardamines, le Petit Sylvain sur le chevrefeuille, etc…). Connaître un endroit où ces plantes poussent permet d’optimiser sa sortie et de trouver plus facilement ses sujets le matin !

Histoires de cadrage

J’ai hésité avant d’écrire cette courte section, mais il me semble que pour le néophyte surtout, il convient de mettre les choses bien au clair ! La macrophotographie d’insectes, comme toute autre discipline de photo animalière, est régie par des règles simples. L’une d’entre elles, la base, est la suivante : « Toujours se placer à hauteur de son sujet ! »

Bien évidemment les règles sont faites pour être enfreintes (sinon où serait la créativité ?), mais dans beaucoup de cas il FAUT respecter cette règle précise !!! Cela implique donc, lorsqu’on photographie un insecte (souvent au sol) de s’asseoir voire se coucher pour se retrouver nez à nez avec lui. Beaucoup de débutants en macrophotographie se contentent de se baisser ou de s’accroupir, offrant alors de vilains cadrages en plongée qui ont tout sauf l’esthétisme qu’une photographie en macro ou proxy se doit d’apporter.

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Enfin, osez les contre-jours ! Ils permettent des vues magnifiques en ombres chinoises, mais n’oubliez pas, si vous avez le soleil dans le champs, de faire la photo à pleine ouverture systématiquement, sous peine de voir les « facettes » du diaphragme apparaître autour du disque lumineux comme sur l’image ci-dessous (prise à f/4.0 avec un objectif ouvrant à f/2.8… Plus on diaphragme, plus le phénomène est visible)

Dépasser les idées reçues

Au fil de mes interventions sur les quelques forums photo que je fréquente, j’ai pris conscience que beaucoup de gens pensent que la macrophotographie passe systématiquement par de toutes petites ouvertures (f/16 ou plus) et de l’éclairage au flash. Or, c’est faux !!! Le temps de la photo documentaire avec l’insecte bien nette des pieds à la tête, isolé sur fond noir (dû à la différence d’exposition entre le sujet et l’arrière-plan, merci le flash !) est révolu.

L’attrait de la macro, pour moi, est cette possibilité de jouer facilement avec la créativité d’une scène, en se focalisant tantôt sur un détail, tantôt sur l’harmonie que constitue un sujet dans son environnement, et ce à petit échelle, ce qui offre bien souvent tout loisir pour « mettre en scène » tel un réalisateur, le cliché que l’on a en tête. Jouer sur les grandes ouvertures (donc les petites profondeurs de champs) pour isoler son sujet, utiliser la lumière, les contre-jours, oser des cadrages.

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Beaucoup de photographes n’imaginent pas la macro sans utiliser le flash : tant que je peux l’éviter, je le fais ! Car maîtriser la lumière au flash pour un rendu naturel, nécessite énormément d’expérience (que tout le monde n’a pas forcément, moi le premier !). Au pire, le flash intégré (ou cobra pour les appareils de classe pro) peut être utilisé en fill in pour figer un sujet ou déboucher légèrement la scène, mais jamais pour éclairer une scène, car sans multi-flash ou flash fortement décentré, point de salut ! Il existe toutefois des astuces lorsqu’on utilise un flash intégré mais ceci n’est pas l’objet de ce billet…

Une autre solution est de jouer avec la lumière avec des surfaces réfléchissantes : l’utilisation d’un réflecteur doré ou argenté (selon l’effet désiré) permet de donner à une scène banale une tout autre dimension, en débouchant les zones d’ombres et en apportant une lumière complémentaire permettant parfois de gagner jusqu’à 2/3 de diaph, ce qui en macrophotographie n’est pas négligeable du tout

Gagner en stabilité

Le gros problème en macrophotographie ou en proxyphotographie, tient souvent à la stabilité du photographe. Dans ce domaine, plusieurs écoles :

  • Ceux qui ne jurent que par le trépied
  • Ceux pour qui la macro ne se fait « que » à main levée

Personnellement, je pratique les deux… en même temps : si l’utilisation d’un trépied garantit stabilité et précision (les perfectionnistes iront jusqu’à utiliser une télécommande filaire couplée au relevé de miroir), la mise en oeuvre peut devenir parfois compliquée (temps d’installation et de réglages, au risque de voir son sujet changer de position entre temps, etc…) ! Pour garder la souplesse de la photo à main levée et la garantie de stabilité apportée par un trépied, il existe une technique intermédiaire : utiliser son trépied comme support.

Bricolage et accessoires

L’astuce consiste en l’utilisation d’une grosse pince de bricolage (coût : environ 4 €) pinçant l’une des jambes du trépied, et permettant très simplement d’en régler la hauteur pour prendre appui dessus ! Ce dispositif permet d’installer rapidement son support sans « galérer » lors du réglage de la hauteur des pieds et de pouvoir gagner en vitesse, ce qui peut être fort intéressant sur certains sujets, par exemple lorsque les insectes commencent à se réveiller le matin ! Le gain en vitesse est de l’ordre de 2 à 4 vitesses ce qui est fort appréciable (dans certains cas on bénéficie d’autant de stabilité qu’un trépied utilisé en bonne et dûe forme).

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Un autre cas de figure se présente souvent en macrophotographie : les photos au raz du sol. Là aussi, le truc (si l’on peut appeler ça ainsi) consiste tout simplement à utiliser un « bean bag » (en français : sac de toile remplis de haricots secs), qui permet de caler de manière très confortable son appareil avec la possibilité de peaufiner sa visée très aisément.

Conclusion

Je vous ai exposé quelques petits trucs simples pour augmenter vos chances de réussite en matière de macrophotographie (ou plutôt proxyphotographie, mais je ne reviendrai pas sur les débats de vocabulaire !) dont voici un petit résumé :

Au niveau photographique :

  • Toujours se placer à hauteur de votre sujet (sauf cadrages spécifiques, en recherche de symétrie par exemple)
  • Si votre sujet vous en laisse l’opportunité, variez les cadrages : classique, gros plan, détails, vues au grand-angle, etc…
  • Osez les flous artistiques (vive les grandes ouvertures !) et utilisez la lumière naturelle avant tout si besoin aidé d’un réflecteur
  • Pour gagner en stabilité, utilisez votre trépied avec une pince de bricolage pincée sur l’un des pieds comme support
  • Au raz du sol, utilisez un bean-bag pour caler votre appareil

Au niveau pratique :

  • Sortie tôt le matin, les lendemains de nuits fraîches si vous voulez de la rosée
  • Apprendre à reconnaître et repérer les « plantes hôtes » des espèces que vous recherchez
  • Le matin dans la rosée, pensez à prendre bottes ou chaussures imperméables et guêtres
  • Utilisez des manches longues et des gants pour éviter les plantes urticantes
  • À proximité des mares et bords de lacs, pensez à emmener de la lotion anti-moustique le cas échéant (5/5 Tropic, en Pharmacie)

Au sujet de l’auteur

Cédric Girard est un photographe avec un long parcours. En 2015, il signe avec l’agence Naturagency, qui diffuse désormais ses photos. Vous pouvez suivre son travail en visitant son site internet. Cet article a été originalement publié ici : blog.aube-nature.com/trucs-astuces-macro-photographie.