La technique du « Bookend » : Comment créer des remparts visuels pour dynamiser une photo

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Vous l’aurez sans doute remarqué, je suis un adepte de la photographie de rue. Pour moi, c’est un genre de photographie qui me permet de mieux comprendre le monde dans lequel je vis, puisque le sujet principal est l’être humain photographié dans des situations spontanées et dans des lieux publics. Je lis très souvent le blog du photographe de rue Eric Kim qui est une grande source d’inspiration. Aujourd’hui, il nous fait découvrir une technique peu connue des photographes; le « bookend ». Cette expression anglophone consiste à créer un espace entre deux éléments et son sujet , créant ainsi un « serre-livres » ou un « bookend ». Voici ce qu’il nous explique.

Pourquoi avez-vous besoin d’un « bookend »?

Imaginez une étagère de livres. Vous avez des tonnes de livres sur l’étagère, mais il y encore de l’espace pour d’autres livres. Quelle est la solution pour empêcher que vos bouquins ne tombent pas? C’est simple: vous allez ajouter un « serre-livres » de chaque côté. Cela les maintiendra en place.

Vous pouvez appliquer la même métaphore à vos photographies. Si vous voulez que les observateurs se concentrent mieux sur votre photo vous devez ajouter des « éléments visuels» sur le côté gauche et le côté droit de votre cadre. Un «bookend» peut être un mur, un côté du visage de quelqu’un, une affiche publicitaire, ou tout ce qui peut attire le regard de l’observateur de votre photo. Le secret est de ne pas avoir d’espace vide dans votre cadre, ou ce que certain appellent un espace négatif.

En utilisant cette technique, vos photos seront « soutenues » par deux éléments qui se trouveront soi à l’arrière-plan ou à l’avant-plan, sur la gauche ou la droite. Cette technique destinée aux photographes avancés permettra de créer un effet de profondeur, mais surtout un cadre qui « emprisonnera » le regard. Ce n’est pas la même technique du « cadre dans le cadre » qui bien connue. C’est plutôt une façon de créer un « piège visuel » en utilisant tout ce que peut contenir une image.

Comment créer un «bookend» dans vos photos de rue?

Lorsque vous prenez des photographies de rue, concentrez-vous sur quelque chose en arrière-plan. Ensuite, avant de déclencher, essayez d’ajouter quelque chose à la gauche ou à la droite de votre cadre. Cette technique vous permet d’obliger l’observateur à diriger son regard vers le centre du cadre, pour au final avoir un « point d’ancrage visuel ».

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En créant un «bookend» , vous donnez à votre photo un « tension dynamique » entre le côté gauche du cadre et le côté droit. Bien comprendre l’utilité des «bookends» vous permettra de créer des photos plus dynamiques ainsi que des effets de profondeurs et d’espaces. La plupart des photographes utilisent la règle des tiers pour créer ce dynamisme. Il place leur sujet à la gauche ou la droite de leur cadre. Cette technique peut fonctionner, toutefois l’effet visuel n’est pas le même. Il y a également la fameuse règle des triangles, mais ici aussi vous ne parviendrez pas à trouver facilement des triangles dans vos compositions.

Une technique simple et compliquée à la fois

La technique du « bookend » est à la fois plus compliqué et plus simple à utiliser Pourquoi? Parce que d’une part vous aurez plus de facilité à trouver des sujets qui passeront dans votre cadre, mais d’autre part vous aurez plus de difficulté à créer de vrais « bookends » rapidement, car la photographie de rue est un genre de photos où tout se déplace très vite. Les gens marchent sur la rue et changent continuellement de place. Une bonne photo de rue peut être complètement ratée si vous ne déclenchez pas au bon moment.

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La technique du « bookend » est plus facile à utiliser précisément dans des situations où il y a beaucoup d’action, car tout change rapidement. Vous devez par contre être prêt à déclencher lorsque tous les éléments se trouvent au bon endroit. Pour bien maîtriser cette règle, pratiquez-vous avec vos amis ou des membres de votre famille. Ensuite, une fois que vous êtes à l’aise et que vous aurez compris comment créer des « serre-livres », testez cette technique dans la rue. Croyez-moi, au début ce sera difficile, mais une fois que vous aurez maîtrisé ce concept, il ajoutera un intérêt et une profondeur supplémentaires à vos photos.

Est-ce une bonne technique?

Certains diront que cette technique « détruit » une image. C’est un peu vrai, mais seulement si vous faites de la photo de paysage ou de la faune. Ici il est question de la photo de rue. Les règles ne sont plus les mêmes et vous devez en utiliser de nouvelles. Ne faites surtout pas l’erreur de croire que la règle des tiers peut fonctionner avec tous les genres de photos. Ce n’est pas vrai. Je compare souvent les différents types de photos à la nourriture; il ne vous viendrait jamais à l’esprit de cuisiner un plat italien comme vous le feriez avec un plat japonais. La photographe de rue est une branche de la photo qui ne peut pas être comparée à une autre. Elle se suffit à elle-même et les règles pour réussir une bonne photo ne sont pas les mêmes.

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La « bookend » n’est qu’une autre technique pour créer de meilleures photos de rue. Pour moi, son principal avantage est qu’elle n’exige pas que vous ayez devant vous une scène « parfaite », au contraire, plus cette scène sera « encombrée » d’éléments disparates et plus elle fonctionnera. Mais vous devez savoir « harmoniser » cet encombrement, la structurer, lui donner un sens. C’est grâce en outre à cette technique que vous arriverez à créer une « structure visuelle » à vos photos de rue. En résumer nous pourrions dire qu’elle empêche le regard de l’observateur de se perdre dans l’image. Elle l’emprisonne pour qu’il puisse mieux lire votre photo. Elle crée des « remparts visuels » qui dynamise vos photos.

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Ce n’est pas tous les photographes qui peuvent facilement créer un « bookend » parce qu’ils sont trop habitués à appliquer la règle des tiers. Bien que cette règle soit excellente pour certains types de photos, elle l’est moins dans la réalité où s’enchevêtrent des éléments qui se déplacent rapidement. Cet enchevêtrement constitue très souvent un obstacle pour les photographes qui sont trop habitués à la règle des tiers ou par tout autre règle, car elle est rarement enseignée. Pourtant c’est souvent l’unique façon d’harmoniser une image qui serait sans cela jugée mauvaise ou mise de côté. Cette technique bien qu’elle semble étrange ne l’est pas; c’est simplement un outil supplémentaire qui vous pouvez utiliser pour faire de meilleure photos quand aucune autre règle ne fonctionne pour harmoniser une image.

Plus concrètement

Pour que vous compreniez bien cette technique, prenons la photo ci-dessous. Le visage floue du sujet créé un premier rempart à la droite, le cadre plus brillant crée le deuxième rempart à gauche. Vous obtenez au final une image qui attire le regard sur l’oeil du sujet principal. Nous obligeons l’observateur à ne pas se perdre dans le cadre en créant un « bookend » ou un rempart visuel.

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Cela produit une image ayant un plus grand impact pour l’observateur. Prenez bien le temps d’analyser les autres photos dans cet article, vous découvrirez qu’elles sont toutes constituées de « bookends ». Bien que cette technique soit nouvelle et inusitée pour plusieurs photographes, si vous la testez vous verrez qu’elle fonctionne très bien, notamment pour la photographie de rue.

Au sujet de l’auteur

Eric Kim est un photographe de rue qui a remporté de nombreux concours et qui enseigne cet art. Son appareil photo de prédilection est le Ricoh GR II. Vous pouvez suivre son travail en visitant son site internet, sa page Facebook ou Instagram.

crédit photo : Eric Kim

3 commentaires

  1. bon je sais l’art est difficile mais si vous dites que  » pour empêcher que vos bouquins ne tombent pas » ils vont avoir tendance à faire ce que vous ne souhaitez pas( pardon pour cet « humour » et merci vraiment pour votre blog

  2. Très chouette article!
    Perso j’utilise très souvent cette technique en photo de concert, discipline qui exige une certaine créativité pour ne pas lasser (trop) rapidement, de manière plus ou moins inconsciente.