Dans une photo la composition n’est pas indépendante de l’exposition

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Depuis que nous savon que Hasseblad a engagé le photographe Ming Thein, j’ai pensé qu’il serait intéressant de comprendre son approche de la photo. J’ai découvert en lisant son blog, qu’il adoptait une vision très cartésienne de la photo; ce qui est tout le contraire de ce que je fais, mais c’est toujours intéressant de découvrir la « vision » d’un photographe. Voici ses explications quant aux liens qu’il y aurait avec la composition et l’exposition d’une photo.

La composition et l’exposition

Voici un énoncé qui n’est pas évident pour la plupart des photographes: la composition doit être liée à l’exposition. À première vue, cela n’a aucun sens: comment quelque chose qui provient d’une propriété technique (l’exposition) peut avoir une influence sur une propriété artistique et subjective (la composition) ? Il a deux choses que nous devons prendre en compte ici. Tout d’abord, nos yeux et nos boîtiers fonctionnent de façon différemment, cela se manifeste par des lacunes dans l’interprétation visuelle de la réalité. Deuxièmement, la photographie – plus précisément la composition – est une interprétation qui aura un impact subjectif sur le spectateur, car une photographie n’est rien d’autre que l’enregistrement d’un jeu d’ombres et de lumière, traduit en une composition spatiale en deux dimensions. La position des divers éléments est ce qui modifie l’apparence d’une photo, même si tout le reste de la scène est statique.

Un définition plus précise

Je vais commencer par un premier exemple: nos yeux et nos appareils photo fonctionnent différemment. Cela a deux conséquences en photographes: puisque nous voyons qu’une seule exposition à la fois, nous devons nous imaginer ce que serait la même scène si elle était plus sombre ou plus claire; donc la différence entre la réalité et celle qui est perçue par l’appareil photo. Ici, les « sans miroir » offrent évidemment un avantage: l’image que vous voyez dans votre EVF sera l’image finale. Tous les autres types de systèmes de visualisation optiques n’offrent pas cette souplesse. Vous devez vous imaginer ce que la photo sera sans savoir si celle-ci correspondra à l’image que vous avez imaginée. Cela complique les choses encore un peu plus lorsque la scène est sur ou sous-exposition. Dans les autres cas, vos yeux s’ajusteront automatiquement et vous pourrez prendre votre photo sans ce problème car votre imagination aura « compris » la scène.

En plus, une photo est une représentation définie et limitée d’une scène. La vision humaine ne fonctionne pas ainsi – vous ne pouvez pas concentrer votre attention sur une partie bien définie d’une scène parce que vos yeux se déplacent constamment. En résumé, a) il est difficile pour nos yeux de simuler une exposition différente du réelle B) nous ne sommes pas vraiment conscients des limites d’une scène.

Je pense qu’il n’est pas difficile de comprendre qu’en modifiant l’exposition, on change également ce qui est visible. Par exemple, si vous allumez une lampe dans une pièce sombre, celle-ci révèlera le contenu se trouvant dans les ombres. Nous en revenons donc à l’énoncé du début dont le principe fondamental est celui-ci: ce qui est visible change selon l’exposition et puisque ce qui est visible peut changer, nous devons donc recomposition notre image.

Un exemple

Permettez-moi de reformuler ceci plus précisément: si nous avons l’intention de photographier une scène avec une exposition différente de qu’elle est réellement – qu’il s’agisse de détails locaux ou globaux, alors nous devrons en tenir compte lors de la composition. Notez que cela ne se limite pas qu’à l’exposition, mais également au contraste. En effet, cela affectera également ce qui est visible autant dans les ombres et que dans les hautes lumières, car la différenciation tonale fine ne sera plus la même. Il est donc indispensable d’exposer à droite pour obtenir une qualité d’image optimal. Ces zones plus brillantes contiennent plus de données et donc moins de bruit. Voici un exemple:

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Ces deux images sont différentes, autant au niveau de l’exposition que de l’ambiance qu’elles dégagent. Ce qui a changé entre ces deux images est simplement l’exposition. J’ai optimisé le contraste dans les deux cas avec la courbe, mais je n’ai effectué aucun réglage local. Du point de vue de l’intention, la photo la plus sombre semble plus énigmatique. Le musicien devient l’élément central plutôt qu’un simple individu identifiable dans une scène globale, comme dans la première image. La partie qui est plus sombre permet une interprétation subjective. Cela n’est pas surprenant étant donné que l’image a été composée et exposée pour la partie lumineuse de l’image.

L’arrière-plan est constitué d’éléments ayant un faible contraste afin de contextualiser l’image. Étant donné que ces éléments sont plus sombres, plus petits et hors focus, ils sont visuellement moins importants, ils ne se manifestent pas en tant que sujet principal, comme le fait le musicien principal dans cette photo. En fait, même cette image plus lumineuse est un peu plus sombre que la réalité, car il y avait encore des éléments étrangers qui étaient visibles dans les zones d’ombre – ce qui n’ajoute rien à l’image outre un effet de désordre. Au moment de la composition, j’ai décidé qu’une exposition légèrement plus sombre serait nécessaire pour « nettoyer » mon cadre.

Un deuxième exemple

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Voici un autre exemple où l’image originale a été composée pour être légèrement plus brillante que la scène réelle. Nous pouvoir voir une ligne principale créée par les étagères de cette bibliothèque au premier plan, dirigeant l’oeil vers la droite. Les ancres sont à la fois les lumières et la fenêtre. Quoique ceux-ci soient à l’extrême droite du cadre, cet espace plus brillant empêcher le regard de trop errer hors du cadre. À la gauche vous avez les livres sur lesquelles la mise au point a été faite; cette « stratification » (premier plan net, deuxième plan hors focus et la fenêtre illuminée) produit un sentiment relatif à une échelle de distances par la formation créée par cet ensemble.

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En voici une plus sombre (fidèle à la réalité) dont l’exposition est nettement décalée vers la gauche. Les ampoules ainsi que la fenêtre sont vraiment les seuls éléments qui se distinguent bien de l’ensemble, de plus, elles forment une séquence qui ne retient pas vraiment l’attention parce qu’elles sont isolées dans une image dont l’exposition est trop sombre. Quant au côté gauche de l’image, il ne présente pas d’éléments suffisamment forts pour équilibrer cette composition.

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Curieusement, une exposition plus brillante produit un équilibre similaire à la première image, mais ce qui est perdu dans ce cas, c’est l’ambiance et la dynamique: il n’y a plus de place à l’interprétation créée dans les ombres. Les ancrages plus brillants, ne se distinguent plus autant parce que leur contraste relatif avec le reste de l’image est réduit; on ne sait pas si cette image a été prise le matin, au milieu de la journée ou en fin d’après-midi.

En conclusion

Ce qu’il faut retenir de ces explications c’est que la composition doit se faire en tenant compte de l’exposition. Sans quoi, vos photos ne seront pas équilibrées et n’offriront pas d’encrages suffisamment forts pour attirer l’oeil du spectateur. Bien que ces explications soient évidentes, plusieurs photographes ne se soucient pas de ces deux aspects et cherchent à comprendre les raisons pour lesquelles leurs photos « ne fonctionnent pas ». Cela s’explique très souvent par leurs compositions qui ne s’harmonisent pas avec l’exposition. Il en résulte des photos inintéressantes qui n’attirent pas l’oeil du spectateur. Nous devons apprendre à créer des images qui sont à la fois bien composées et bien exposées, tout en tenant compte de notre intention initiale.

Au sujet de l’auteur

Ming Thein est un physicien de formation diplômé de l’Université Oxford en Angleterre. La photographie le passionne depuis l’âge de 16 ans. Il occupe en ce moment deux emplois; chef de stratégie pour Hasselblad, et photographe commercial spécialisé dans la photographie de produits. Il a également travaillé pour plusieurs grandes entreprises, notamment pour Nissan. Vous pouvez découvrir son travail en visitant son site internet, sa page Facebook, ou Flickr. Cet article est une traduction libre d’un texte qu’il a publié sur son site.

2 commentaires

  1. il n’y a pas de méthodes meilleurs que d’autres, sinon, on ferait tous la même photo, c’est intéressant d’avoir d’autres approches différentes de la photo. j’ai été sur son site, c’est très propre ce qu’il propose au final…