La sagesse populaire japonaise : trois nouvelles règles à connaître en photographie

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Le Japon est un pays fascinant. En plus d’avoir une histoire qui remonte à la période du paléolithique supérieur et d’être la troisième puissance économique du monde, ce pays est également riche en concepts et traditions. Ces concepts ne sont pas de simples énoncés philosophiques superfétatoires; ils peuvent vraiment nous aider à devenir de meilleurs photographes.

J’ai pensé écrire cet article après avoir lu qu’un représentant de Fuji allait proposer un firmware Kaizen pour le X-Pro 2, afin qu’il puisse produire de la vidéo 4K. Voici donc sans plus tarder, trois règles provenant de la sagesse populaire du pays du Soleil-levant.

1. le Yūgen

Avez-vous déjà regardé les étoiles, ou même un coucher de soleil, en ressentant un sentiment indescriptible, un sentiment qui vous dépasse, un sens de la profondeur, du mystère, une conscience profonde de l’univers ? Ce sentiment se nomme le Yūgen. En photographie, il y a bien sûr des aspects plus « ordinaires » qui peuvent évoquer le Yugen, mais je pense que tout le monde sera d’accord sur le fait que le travail d’Ansel Adam était plein de Yūgen. Voici un exemple utilisant cette règle:

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J’ai utilisé un 28mm pour l’effet dramatique des nuages. C’est le Yūgen évident, il suffit de montrer la nature majestueuse du monde dans lequel nous vivons et il est difficile de ne pas être hypnotisé par cette beauté. Mais je pense qu’il y a un Yūgen plus subtil qui peut être appliqué à des situations plus générales. Il n’y aura pas d’impact dramatique, mais tout sera plus subtil. Par exemple, les mauvais films d’horreur vous montrent tout, de bons films d’horreur ne montrent rien, ils laissent notre imagination faire le travail. Ce sont des informations utiles à retenir pour obtenir le même effet. Voici une photo que j’ai prise dont le Yūgen est très subtil:

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Cette dame semble être élégante. Un beau visage, de jolis yeux. Son corps est révélé, mais pas trop. Elle semble endormie, paisiblement. J’ai pris quelques photos de cette femme, mais c’est celle que j’aime le mieux, parce que le Yūgen y est très subtilement évoqué. Donc, la prochaine fois que vous prendrez quelqu’un en photo, vous devrez vous rappeler que le Yūgen peut être « agressif » ou plus subtil. Essayer d’évoquer dans votre photo le mystère et les émotions qui ne peuvent pas être décrites sans devoir la regarder. Je pense que c’est le fameux facteur X qui nous donne le goût de revoir une image, pour en savoir davantage.

2. le Wabi-sabi.

C’est la beauté dans l’imperfection. C’est la raison pour laquelle les catalogues de beauté sont à mon avis ennuyeux, tout le monde a l’air parfait. Concrètement pour les photographes, cela vous oblige à vous poser des questions: une photo qui est légèrement inclinée est-elle vraiment mauvaise, ou est-ce que cela lui donne un cachet bien particulier ? Est-ce que ce petit détail vient vraiment gâcher cette photo ou lui donne-t-il un « look » unique ? Il y a beaucoup de petits éléments dans une photographie qui nous font croire qu’elle n’est pas bonne, mais lorsque nous essayons de les corriger, nous nous rendons compte qu’ils faisaient partie de la photo.

De plus. il y a plusieurs aspects qui déterminent si une photo s’éloigne ou se rapproche de cette philosophie. Le plus évident est la perfection – car n’oubliez pas qu’il est question ici du Wabi-sabi. La perfection vous mettra dans un état de stress, parce que vous analyserez certains détails dans votre photo, alors qu’en réalité c’est ce qui lui permet d’être unique. Nous pourrions donc affirmer que l’imperfection vous permet de vous détendre. C’est ce que nous enseigne le Wabi-sabi; cette règle prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer notre travail. Donc, la prochaine fois que vous serez ennuyé par des éléments en apparence imparfaits, pensez à cette règle; en dépit du fait que vos photos ne sont peut-être pas parfaites, vous pourrez quand même vous détendre, car vous aurez utiliser le Wabi-sabi comme moyen pour vous calmer et satisfaire votre besoin de perfection.

3. Le kaizen

Le Kaizen est un processus d’amélioration continue, habituellement utilisé en affaires. Lorsqu’il est utilisé en photographie, c’est assez simple: n’arrêtez jamais de vous améliorer. Le Kaizen est à l’opposé de la complaisance, et cela permet aux photographes de savoir qu’ils finiront par atteindre leur potentiel photographique.

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Dans le monde réel, le Kaizen pour les photographes est ce que vous pouvez faire tous les jours pour développer vos compétences. Idéalement, comme je le fais, vous devez sortir tous les jours et prendre des photos. Si cela n’est pas possible en raison de la météo ou des enfants, vous pouvez lire un magazine sur la photographie, passer 30 minutes par jour pour éditer certaines de vos images, écouter un podcast, etc. La clé n’est pas de se concentrer sur le but final, mais sur le petit « plus » que vous pouvez faire tous les jours pour vous améliorer. Pour ma part, je me lève à 5 heures du matin, pour prendre mes photos. Je lis des biographies sur des photographes que j’admire et je prends des photos à tous les jours. Cela me permet de mettre en pratique ce que nous enseigne le Kaizen; m’améliorer continuellement.

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Toutefois, le Kaizen n’est pas automatique. Si vous ne prenez pas le temps pour progression, vous ne vous améliorerez pas. Alors, réveillez-vous tôt le matin et faites passer le kaizen avant toute autre chose. C’est là que les jeunes photographes ont tendance à être désavantagés, parce que la plupart pensent qu’ils savent tout, les anciens photographes savent que ce n’est pas vrai, car ils ont de l’expérience qui leur démontre que la photographie est un art qui ne s’apprend pas en quelques mois.

De plus, être dans un processus d’amélioration continu aide le cerveau à être plus vigilant sur ce qui se passe dans son environnement, car il développe de nouvelles façons de voir le monde. Après les étapes de l’amélioration continue – qui se fait d’année en année – tout devient plus facile pour les ceux qui utilisent la technique du Kaizen , car subconsciemment ils sont arrivés à un niveau qui leur permette d’être plus à l’aise et de mieux maîtriser tous les aspects techniques de photographie.

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Si vous acceptez de demeurer dans vos zones de conforts, vous serez toujours coincé sur un plateau. C’est la raison pour laquelle la maturité photographique n’a rien à voir avec l’âge. Certaines personnes, à un moment donné, cessent de s’améliorer après avoir atteint un plateau de compétences; elles sont satisfaites de ce qu’elles font. C’est bien d’être satisfait d’avoir atteint un certain niveau, mais pour ceux qui veulent être de meilleurs photographes, le kaizen est le chemin là suivre.

Conclusion

La philosophie japonaise est un peu difficile. Vous ne croyez pas ? Voici un exemple de ce que les Japonais appellent le koan – qui est une brève anecdote absurde, énigmatique ou paradoxal, ne sollicitant pas la logique ordinaire: « Imaginez un homme sur un arbre. Il est accroché par les dents à une branche. Ses mains ne peuvent pas saisir la branche, et ses pieds n’atteignent pas le tronc de l’arbre. Sous l’arbre, quelqu’un lui pose une question, Si l’homme ne répond pas, il fait défaut au questionneur. Mais s’il répond, il tombe et se tue. »

Donc, bien qu’il existe plusieurs autres règles que les trois que j’ai présentés dans cet article, je vais m’arrêter là, parce que la philosophie japonaise est pratiquement illimitée. Mais quel que soit le cas, ces 3 règles; le Yugen (le mystère ou la crainte), le Wabi-Sabi (la beauté dans l’imperfection) et le Kaizen (l’amélioration continue) m’ont appris à être un meilleur photographe. Alors, restez concentré, continuez à prendre des photos et が ん ば っ て! (Faites de votre mieux!)

Au sujet de l’auteur

Le collectif f/50, est un groupe de photographes ayant des membres en Europe, en Amérique du Nord et en Asie du Sud. Après une période de collaboration, ils ont décidé de créer officiellement le f/50 en novembre 2014. Bien que tous les membres aient des styles personnels bien développés, ils se sont engagés à progresser en parallèle avec leur travail professionnel. Vous pouvez découvrir leur travail en visitant leur page Tweeter, ou Instagram.

crédit photo : Le collectif f/50

6 commentaires

    1. Si cela peut vous aider, je suis très heureux que ces règles vous plaisent. La sagesse japonaise est riche en concepts; ce ne sont que les trois plus importants (selon moi).

  1. Je suis pleinement d’accord avec le contenu de cet article. Personnellement, je classerais ces trois clés dans l’ordre inverse de ce qu’ils ont été présentées ici. Pourquoi ?

    Pour le Kaizen (=amélioration continue) est bien plus qu’une simple méthode ou d’un simple outil. C’est un réel état d’esprit. Quand on ne cesse d’apprendre de nouvelles choses, notre esprit d’enrichit et c’est ce qui nous permet d’aller au-delà de nos possibilités ou capacités initiales. Ainsi, notre potentiel créatif explose pour faire naître de nouvelles idées ou concepts innovants (au moins pour soi-même).

    Ensuite, le Wabi-Sabi (la beauté dans l’imperfection) est pour le coup une clé qui permet de se donner le courage d’essayer. Mieux vaut produire quelque chose d’imparfait que d’attendre la perfection qui ne viendra jamais et nous freine ou stop notre état d’esprit Kazen. N’oublions jamais que « c’est en forgeant que l’on deviens forgerons ».

    Enfin, le Yugen me paraît être une seconde clé qui permet de voir autrement le monde qui nous entoure. Avoir conscience de ce concept doit, je pense, permettre de produire des photos qui sortent de la simple illustration et qui apporte une notion de ressentis. Ce doit donc être un bon vecteur pour transmettre des sentiments à travers nos images.

    Je note donc bien ces trois concepts dans un coin de ma tête pour les ressortir dès ma prochaine sortie photo.

    Merci d’avoir partager ce contenu très intéressant.

    Vincent (https://initiation-photo.com)