Le L16 : Cet appareil qui ressemble à un smartphone produit-il de bonnes photos ?

l16

Ce boîtier atypique est parfois décrit sur certains blogues sur la photographie, comme étant une petite révolution, notamment à cause de sa conception multifocales et multicapteurs. En effet cet appareil qui ressemble à un smartphone, est en fait composé de 16 modules photographiques ; cinq de 28mm, cinq de 70mm et six de 150mm, lesquels sont censés produire des photos comparables à celles d’un reflex numérique.

L’histoire du L16 a débuté le 13 mai 2015 via une campagne de financement durant laquelle 3 187 contributeurs ont engagé 415 127 $ pour soutenir ce projet. En juillet 2015, la société a reçu 25 millions de dollars additionnels dans le cadre d’un second tour de financement mené par la société d’investissement Formation 8. Les autres investisseurs comprenaient Bessemer Venture Partners, CRV, StepStone Group , FIH Mobile, Sanjay Jha de GlobalFoundries et CrunchFund. Light a récemment conclu un accord avec le fabricant de smartphones, Foxconn, pour leur permettre de vendre sa technologie.

Cette technologie devait commencer à apparaître dans les appareils mobiles d’ici 2016. Mais c’est en 2017 que les premières unités ont été expédiées. Le photographe Harry Teasley a reçu son L16 il y a quelques semaines. Il a testé cet appareil photo et nous explique ce qu’il pense de ce simili-smartphone.

Le L16

Je m’appelle Harry Teasley, je suis un informaticien depuis 30 ans et photographe amateur depuis 20 ans. J’ai utilisé un certain nombre de boîtiers de tous genres pendant cette période, et j’ai toujours aimé essayer une nouvelle façon de capturer des images. Quand j’ai vu la campagne financement pour l’appareil photo Light L16, je voulais vraiment l’essayer. Je suis une sorte de technophile et j’étais intéressé par l’idée : la conception muli-focale qui devait apparemment faire aussi bien qu’un reflex.

Maintenant, environ deux ans plus tard, j’ai finalement reçu mon L16. En ouvrant la boîte joliment conçue, ma première impression fut de constater qu’il était bien conçu, avec en outre une poignée bien définie. On le sent bien fait et c’est du solide. Le revêtement en caoutchouc de cette poignée est doux, donc il est très adhérent et va probablement s’user assez rapidement. Il est livré avec un chargeur, un câble USB, une pochette souple et une dragonne.

Le démarrage et la qualité d’image

La mise en marche est accomplie avec une très longue pression sur le bouton d’alimentation. Il a un démarrage étrangement long, donc ce n’est pas un appareil à allumer rapidement en prévision de saisir une opportunité. Il dort et se réveille rapidement avec une courte pression sur le bouton d’alimentation, cependant, l’éteindre complètement est quelque chose que vous n’aurez pas besoin de faire lors d’un shooting.

Il n’y a que deux boutons physiques, le premier pour l’allumage et le second pour l’obturateur, le reste de l’interface est actionné en utilisant l’écran tactile. L’écran d’accueil affiche un bouton de caméra, un bouton de galerie, et un navigateur Web qui est masqué dans le tiroir d’applications. Il est doté du Wi-Fi, et du navigateur Chromium. Tout cela fonctionne aussi bien que tout ce que vous trouverez sur un smartphone. Il ne vient pas avec l’application Google Play Store, il n’y a donc aucun moyen d’installer d’autres applications dans l’appareil photo. Je voulais vraiment installer des applications comme Flickr et Instagram, pour télécharger directement mes photos sur ces services, mais j’ai dû me contenter du Bluetooth pour le partage ou l’USB à un ordinateur.

Mais qui s’en soucie ? Qu’en est-il de la qualité d’image ? La prise de vue est similaire à la plupart des boîtiers grand public sans viseur électronique. Vous pouvez toucher l’écran pour déplacer le point AF et faire glisser votre doigt vers le haut ou le bas de l’écran pour zoomer de 28 mm à 150 mm. Ce contrôle est un peu imprécis, et il y a des distances focales que vous ne pouvez pas obtenir : j’aime les focales de 49mm et 51mm, mais il ne fonctionne pas pour le 50mm précisément.

La vidéo et l’application Lumen

La mise au point est assez lente et il n’y a pas de mise au point manuelle, au-delà de l’affichage de la mise au point souhaitée. La vidéo se fait via un seul capteur, donc il produit de courts clips comparables à une vidéo de téléphone portable typique. En fonction de la distance focale choisie, la résolution de sortie change. Chaque image est une combinaison d’un certain nombre de paires d’optiques / capteurs, mais à certaines résolutions, vous obtenez des images serrées de certains capteurs, donc il y a moins de pixels de combinés pour l’image finale. Les images à plus haute résolution sont obtenues en combinant les pixels venant des optiques de 35mm et 75mm.

Vous pouvez « développer » des photos à huis clos, ce qui vous permet de partager un fichier JPG sur un ordinateur, mais je n’ai pas pu personnaliser ce processus de développement. Vous devez utiliser Lumen, l’application informatique pour créer des images standard à partir des fichiers.lri spéciaux du L16. Avec ces fichiers, vous pouvez modifier la profondeur de champ de vos images après la prise de vue, ainsi que quelques autres ajustements pour nettoyer les artefacts lors de la composition. Vous pouvez ensuite les exporter au format DNG ou JPG, pour le partage ou l’édition ultérieure dans d’autres applications.

Lumen est désigné comme une version bêta, ce qui semble généreux : il est extrêmement pauvre et pas très précis. J’ai déjà contacté Light sur le fait que Lumen ne peut pas voir mon appareil photo via l’USB comme il le devrait, et ils ont répondu très rapidement qu’ils ont rencontré le même problème et travaillent sur une solution, alors que je m’attendais à une amélioration plus rapide. Il est difficile de juger l’ensemble de ses fonctionnalités quand il est pénible d’obtenir une simple image de l’appareil photo, alors je ne jugerai pas la « chose » définitivement, sauf que j’ai hâte de raffermir ses caractéristiques et ses fonctionnalités.

Des exemples de photos

Mes principaux boîtiers sont un Leica M10, et quand je me sens paresseux , un Olympus OM-D E-M1 Mark II. J’adore les images que ces appareils photo peuvent produire: elles sont incroyablement bien définies, avec des objectifs de grande qualité. J’ai donc décidé de faire un test comparatif avec mes objectifs préférés. Le L16, le M10 avec le Summilux ASPH 50mm f/1.4 et l’Olympus avec le M.Zuiko 25mm f/1.2 PRO. Rien de très rigoureusement contrôlé. Les différentes ouvertures du L16 sont une « interprétation » du logiciel, pas de l’optique, mais la composition et l’aspect portatif sont approximatifs. Vous pouvez cliquer sur mes images pour les agrandir :

L16, M10, Olympus

L16, M10, Olympus

L16, Olympus

Conclusion

Il n’est pas difficile de dire que le L16 ne correspond pas à un bon appareil photo. Le contraste est faible et la conservation des détails est inégale. L’ajustement de la profondeur de champ fonctionne raisonnablement bien, mais il ne semble pas tout à fait normal, si vous êtes habitué à un bokeh plus traditionnel. Mais je ne suis pas mécontent : encore une fois, il s’agit d’un tout nouveau territoire, en matière d’imagerie, et je pense que les améliorations logicielles seront significatives.

Le logiciel est très important avec ce type d’imagerie informatique, de sorte que la capacité de l’appareil photo et sa qualité d’image devraient augmenter. En effet, Light fait très fortement ressortir leur point de vue dans leurs communications : ils se rendent compte que l’expérience est plus fastidieuse qu’ils ne le veulent en ce moment, et qu’une grande partie de la vertu du L16 est un potentiel à réaliser.

En dépit du fait que le prix des boîtiers à objectifs interchangeables est relativement élevé, il est difficile de voir comment la photographie computationnelle pourra se justifier à long terme. De même, la taille des capteurs a une limite qui ne va pas changer de sitôt. Pour suivre la qualité d’image en utilisant plusieurs capteurs, il faudra réduire le prix, car c’est probablement la voie la plus viable pour ce type d’appareils photo.

Mais au final, êtes-vous prêt à investir 1 950 $ pour un simili-smartphone doté de fonctionnalités très limitées ? C’est à vous de choisir. Pour les gens intéressés par le L16, vous pouvez visiter le site internet de Light.

Au sujet de l’auteur

Harry Teasley est un photographe qui s’intéresse à tous les types de photos. Il aime expérimenter de nouvelles approches en photographie. Vous pouvez consulter sa page Flickr pour découvrir son travail.

crédit photo : Harry Teasley

2 commentaires

  1. Très intéressant de faire remonter cette expérience.
    Ça change des centaines d’annonces de sorties sans jamais avoir de réelles suites.
    Merci

    1. En lisant le texte de ce photographe, j’ai pensé qu’il pouvait être intéressant pour d’autres lecteurs. Si c’est le cas pour vous, j’en suis heureux.